Retours d’expérience
Ces bilans, ces prises de recul ont été écrits un an après le film.
Léonie, 21 ans
Dans la présentation de l’atelier faite par Antonin en début d’année, ce qui m’a convaincue c’est qu’il arrive avec un projet concret : il a des cassettes de Résistants et on va partir de là sans trop savoir ce qu’on va en faire. Au début, essayer de traiter la centaine de cassettes, ça nous a pas mal pris la tête. On a d’abord resserré sur les interviews faites autour de Rennes, mais ça nous intriguait aussi de savoir ce qu’il y avait sur les autres cassettes. On a donc chacun pris la transcription écrite d’un ou deux témoignages. Ça fait peur au début, mais quand on a réduit à une douzaine de cassettes, c’était beaucoup plus abordable.
En regardant ces interviews, j’ai vu que les motivations peuvent être très diverses, mais aussi que c’est la somme des petites choses qui fait résistance. Et puis, même si ce sont là des Résistants de la Seconde Guerre Mondiale, il y a des thématiques qui sont très actuelles. Peu importe les combats, il faut résister et en tant que jeunes, on est d’autant plus touchés, puisque c’est notre avenir qui est concerné.
Quand je pense à ce projet, je pense surtout à quelque chose de collectif : on a toujours réfléchi ensemble.
Camille, 22 ans
En participant à cet atelier, j’ai énormément appris, à la fois sur le plan technique (réalisation, tournage, montage) et sur le plan culturel et historique. J’ai participé à l’élaboration des questions destinées aux interviews, ce qui m’a permis de réfléchir plus profondément à ce que signifie s’engager. Ce travail m’a aidée à comprendre que l’engagement peut prendre des formes variées, mais qu’il reste toujours essentiel, quelle que soit son ampleur. Cette expérience m’a permis de mieux comprendre la Résistance mais aussi de réfléchir plus largement à la notion de l’engagement : ce que cela signifie, pourquoi on s’engage, et en quoi cela reste essentiel aujourd’hui.
Louise, 20 ans
J’ai participé à l’atelier documentaire qui avait pour but de créer collectivement un projet documentaire sur le thème de la résistance au fascisme, en France. Le sujet nous avait été donné avec un large panel de rushs documentaires. Grâce aux images que j’ai visionnées, j’ai découvert de nombreux points de vue, de la part de Résistants, ou de citoyens moins militants mais dont l’opinion pèse autant dans l’urne que chacun d’entre nous. Ces voix plus nuancées sont même essentielles pour que le film ne tombe pas dans l’écueil d’un projet qui se veut trop unilatéral, sans même prendre en compte la pluralité de l’opinion française. C’est une pluralité qui s’est par exemple retrouvée dans les résultats des législatives, en divisant les votes en trois partis sans vainqueur majoritaire.
Le projet m’a ramenée à mon propre militantisme, car travailler dessus est en soi aussi un
acte militant.
Plus largement, le projet questionne ce que c’est d’être militant en tant que réalisateurice, car renoncer à se taire face à la popularisation des idéologies identitaires est aussi un acte politique. Travailler notamment sur le montage amène à se poser la question de comment narrer ce combat, et exploiter au maximum toutes les voix dont on dispose.
J’ai pu renforcer mes connaissances techniques du montage mais aussi me former plus
largement sur le rapport du cinéma au monde qui nous entoure.
Anaïs, 23 ans
À la rentrée universitaire 2025, il y a tout juste 1 an, débutait pour moi — et ceux qui devinrent les membres de l’équipe —, le projet En gage d’avenir. Nous étions alors étudiants en L3 d’études cinématographique à l’université de Rennes 2, et avions porté nos vœux de participer à l’atelier de cinéma documentaire dont la matière première avait suscité notre curiosité, à savoir des témoignages inédits de résistants de la seconde guerre mondiale.
Si à la rentrée, j’ambitionnais d’acquérir une connaissance assez fine sur le thème pour me donner la légitimité d’en parler, je me suis rapidement aperçue que ce n’était ni possible, ni peut-être souhaitable. D’une part, parce que le sujet de la résistance est bien trop vaste ; d’autre part parce qu’un éclairage néophyte n’est pas toujours inintéressant.
Acquérir davantage de familiarité avec un sujet rend attentif à ses occurrences dans le monde, et il se trouve que celui de la Résistance est très présent dans l’actualité des médias, au cinéma, ainsi que dans les débats politiques. De surcroît, la figure du résistant — sorte de repère dans l’histoire nationale —, se voit réactualisée, transposée, et mise à contribution de différents discours. Or, dès notre première réunion, l’idée d’interroger le rapport de ces témoignages de résistants à notre présent a été mise en avant. C’est donc avec notre empreinte estudiantine que nous avons, nous aussi, contribué à ce mouvement de réappropriations d’une partie de notre histoire.
C’est donc sans être des spécialistes ni des professionnels que nous sommes allés à la rencontre des autres avec, il me semble, autant de prévenance que possible. Le geste d’écoute qui a été le nôtre est transversal : écoute vis-à-vis des témoignages des résistants d’hier ; des interviewés de 2026 ; de nos camarades et des intervenants, qui tous nous ont permis de réaliser ce film en produisant une synthèse de leurs paroles. En gage d’avenir se propose en cela comme un nouveau point d’écoute.
En effet, être attentif à la parole de l’autre était une condition nécessaire à notre travail, par soucis de ne pas déformer les propos recueillis, mais également parce qu’il est le fruit d’une d’écriture collective. Pour fabriquer ce film, il nous a fallu exprimer nos idées sur un sujet politique, et sur la mise en forme d’un travail destiné à être vu : la bienveillance réciproque entre les membres de l’équipe était donc sine qua non pour que chacun ose s’exprimer. C’est moyennant beaucoup de discussions, d’attention et quelques concessions que nous avons fait de ces idées un film.
Je suis fière du résultat final, et satisfaite d’avoir convaincue l’équipe dans le choix de certains éléments, mais je dois admettre que d’autres aspects du film me laissent insatisfaite. Par exemple, je regrette la présence du plan sur les pigeons, qui pour moi ferme la possibilité de montrer le film à des électeurs d’extrême droite sans qu’ils ne s’en sentent provoqués, voir insultés, et empêchant de ce fait tout dialogue. Le travail d’écriture collective m’a paru enrichissant, et j’aurais aimé poursuivre le travail pour aborder de nouveaux points de réflexion, à l’appui de davantage d’extraits des témoignages de nos résistants. L’écriture collective est un exercice exigeant, mais sans le collectif, et sans le dialogue, ce film n’existerait pas. Cette façon de procéder exige également d’accepter que le film n’a pas gage à refléter une opinion personnelle particulière, mais la moyenne des opinions du groupe.
La démarche d’En gage d’avenir a été celle de travailler en dialoguant au sein de l’équipe et avec les personnes rencontrées. Aussi la conclusion personnelle que je tire est la suivante : les résistants d’hier se sont battus pour préserver l’unité de notre pays face à une menace venue de l’extérieur. Aujourd’hui, la préservation de notre unité passe sans doute par le dialogue entre les citoyens, et cela en gage de notre avenir commun.
Manon, 21 ans
J’ai trouvé que le projet proposait quelque chose de nouveau dans la manière de faire à partir de témoignages préexistants. Je n’étais pas très familière du sujet de la Résistance et je me suis dit que ce serait intéressant de travailler là-dessus.
Au début, je ne pensais pas du tout que le sujet me touchait. La Seconde Guerre Mondiale semble très éloignée de nous. On l’étudie à l’école comme quelque chose de lointain. On est tellement baigné·e·s dans les choses affreuses d’aujourd’hui qu’on a presque tendance à oublier de regarder vers le passé.
Entendre toutes ces histoires de la bouche des personnes qui les ont vécues c’est d’autant plus impactant et c’est aussi pour ça que je me suis sentie impliquée dans le projet tout au long de l’année. Ça a changé ma façon de voir la Résistance : j’imaginais des gens de gauche tous hyper soudés et je me suis rendu compte que c’était en fait tout un ensemble de petits réseaux. C’est aussi ma vision de l’engagement qui a évolué. Tout le monde n’a pas la même façon de s’engager.
J’ai trouvé utile de faire le lien avec aujourd’hui et j’ai beaucoup appris en conduisant la plupart des interviews.
ENTRER EN RÉSISTANCE – Épisode 1 : « En gage d’avenir » – 2025-2026
Une réalisation collective de Aelig Chevalier, Anaïs Hamon, Antonin Alloggio, Camille Techer, Joseph Francisco Berrezueta Castro, Jules Burot—Duriez, Juliette Lalloué, Léonie Neilz, Louise Adam, Manon Baglan, Marius Dubernard, Perig Gauducheau
Dans le cadre de l’atelier documentaire 2025-2026, Licence 3 – Arts du spectacle, Université Rennes 2 coordonné par Antonin Alloggio.
Avec les témoignages des Résistants : Zette Gomez, Lucien Rose, Guy Lecorre, Yvette Farnoux, Jaqueline Marty, Jean-Baptiste Biaggi
et la participation de Éléonore Herry, Ousmane Hamada Mohamed, Fabian Robert, Léna Proust, Bruno Le Roux, Odile Halais, Jean-Yves Bethuel.
Filmé à l’Université Rennes 2, à la bibliothèque Lucien Rose à Rennes et aux abords du Mémorial des Martyrs de la Résistance et de la Déportation d’Ille-et-Vilaine.
Moyens techniques : Créa Université Rennes 2, Kendal Le Lay, l’équipe, Point Barre ./
Musique originale : Anaïs Hamon & L, Joseph Francisco Berrezueta Castro.
Mixage son : Damien Tronchot.
Remerciements à Raoul Rossi, Christian Boë et Michèle Péju pour ce travail d’interview entre 2000 et 2002 ; à Françoise Rossi, pour la confiance qu’elle nous accorde ; à toute l’équipe de la bibliothèque Lucien Rose ; à Simon Guyot et Théophile Lemaître ; à tous ceux qui ont aidé ce film.
À ceux qui doutent, s’engagent.